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Ministère des Affaires Etrangères de Finlande

Représentation Permanente de la Finlande auprès du Conseil de l'Europe, Strasbourg: Actualités: Actualités

REPRÉSENTATION PERMANENTE DE LA FINLANDE
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Actualités, 03/09/2009

Les partis finlandais font le dur l’apprentissage de la “glasnost”

Après une longue bataille, les principaux partis politiques finlandais ont, pour la plupart, fini par céder à la pression de l’opinion et publié leurs sources de financement. Un événement majeur, dans la vie politique finlandaise, écrit Kyösti Karvonen, rédacteur en chef du journal Kaleva.

Party secretary Jarmo Korhonen and Prime Minister Matti VanhanenSecrétaire du parti Jarmo Korhonen et prémier ministre Matti Vanhanen. Photo: Parti du Centre.

L’été finlandais est principalement connu pour sa brièveté, ses nuits blanches, sa météo capricieuse – et pour son vide d’actualité. Mais cet été a été trop court, les nuits blanches sur fond de météo étonnamment clémente. Quant à l’actualité, l’été aura été quelque peu commun en raison de l’intransigeance incompréhensible de l’élite des partis.

De quoi s’agissait-il, cette fois? En fait, d’une bonne vieille rengaine qui a refait son apparition : la réticence à révéler les sources de financement politique selon les règles, qu’il s’agisse des délais impartis ou de leur montant total. Dès le printemps de 2008, un premier round de la fameuse « glasnost » gorbatchévienne - c’est à dire la transparence – avait été disputé. Il était apparu, à l’époque, que de nombreux députés élus lors des élections parlementaires de 2007 avaient contourné voire violé les règles législatives en matière de rapport sur le financement de la campagne.

Manifestement, les leçons n’avaient pas été tirées. Récidive cette année ! Il a fallu attendre le milieu du mois d’août pour observer des signes manifestes d’apaisement. Cette fois-ci, les dons destinés au financement de campagnes des trois principales formations politiques ont reçu un maximum d’attention.

Retombées du financement

Les retombées se sont rapidement matérialisées. Un sondage d’opinion publié par le quotidien Aamulehti indiquait que la crédibilité des personnalités politiques avait diminué chez 60% des personnes interrogées. Selon la Présidente de la République, Madame Tarja Halonen, l’image internationale de la Finlande en tant que pays où la corruption est minime, a été ternie.

Après avoir figuré pendant plusieurs années à la première place de l’Indice de perception de la corruption de Transparency International (CPI), la Finlande a reculé à la cinquième place, en raison du secret entourant le financement de la politique. Le Groupe des Etats contre la corruption (GRECO), qui fonctionne sous l’égide du Conseil de l’Europe, a également rédigé un rapport critique.

C’est seulement maintenant, près de deux ans plus tard et à la suite d’immenses pressions exercées, en général, par les médias et par l’opinion, que la transparence entourant le financement des partis peut être considérée comme acquise ; désormais, elle sera de mise dans le pays. Une commission présidée par M. Lauri Tarasti, la meilleure autorité dans ce domaine en Finlande, s’emploie à rédiger les nouvelles règles en la matière.

Rencontre avec le Premier ministre

Le second round a démarré par une avalanche de nouvelles détaillant des connexions calamiteuses entre les personnalités politiques du Parti du Centre et des hommes d’affaires à la réputation parfois obscure.  Une réunion organisée à la résidence officielle du Premier ministre, le 27 janvier 2007, moins de deux mois avant les élections parlementaires a été l’événement qui a servi de détonateur. Participaient à cette réunion le chef du gouvernement Matti Vanhanen, le secrétaire du parti du Centre Jarmo Korhonen, des dirigeants de l’entreprise de construction Nova Group et le Directeur général de l’Institut des pensions des pouvoirs locaux. La question à l’ordre du jour: le financement électoral.

Avant la saison des congés, M. Vanhanen a essuyé le feu des critiques pour son rôle lors de cette réunion et, en particulier, pour ses trous de mémoires concernant les détails. Au Parlement, il a même été accusé de dissimuler la vérité.

 Les spéculations relatives aux motivations profondes des principaux dirigeants du Groupe Nova, de ses filiales et d’autres responsables de milieux d’affaires sont allées bon train: leurs dons, destinés à alimenter divers fonds de campagne, visaient-ils des contreparties sous la forme de décisions de zonage favorables, concernant certains centres commerciaux et autres projets ? La saga du Groupe Nova est arrivée à sa juste conclusion avec la faillite de cette entreprise, survenue cet été ; elle ne laisse pour tout bien que 15.000 euros en ordinateurs portables, des livres et un fauteuil de massage. 

Autre sujet brûlant dans le même registre: le rôle joué par l’Institut des pensions des collectivités locales, qui a versé, l’an dernier, quelques 2,8 milliards de pensions du secteur public. Son Directeur général, une personnalité chevronnée du Parti du Centre, a du démissionner après avoir maquillé le récépissé d’une petite fête de remerciement, organisée en l’honneur des représentants du Groupe Nova et du Parti du Centre.

Une filiale du Groupe Nova avait également été impliquée lorsque le ministre des Affaires étrangères de l’époque, Ilkka Kanerva, fêtait son soixantième anniversaire, en janvier 2008. L’entreprise avait alors déboursé près de 20.000 euros pour couvrir les frais. La somme pourrait bien devoir être retournée aux créditeurs de l’actif de la faillite.

Le Parti du Centre change de tactique

Photo: Sampo Image Archive
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Le Parti du rassamblement peut avoir reçu jusq'a 125.000 euros du groupe des assurances Sampo, où Björn Wahlroos était alors directeur général et administrateur.

 Au milieu du tollé général, le Parti du Centre a judicieusement changé de tactique et publié une liste de ses récents bailleurs de fonds, invitant les autres partis à faire de même. Cette astucieuse manœuvre a placé les deux autres grandes formations politiques que sont le Parti de rassemblement, conservateur modéré et le Parti social-démocrate dans une position délicate. Ces deux partis, peu désireux de marcher à la baguette du Parti du Centre ont joué la montre, déclarant qu’il appartient aux donateurs de décider s’ils souhaitent ou non faire connaître publiquement leurs donations. A ce stade, le Parti du rassemblement, principal partenaire du Parti du Centre au sein de la coalition gouvernementale, a évité toute mauvaise publicité, cédant à celui-ci l’honneur, peu enviable, d’être sous le feu des médias.

Ce jeu du chat et de la souris s’est poursuivi jusqu’au début du mois d’août. Jusqu’au jour où l’Agence de presse finlandaise a révélé que le Parti de rassemblement avait, en deux ans, reçu du groupe des assurances Sampo 75.000 euros. Les Conservateurs avaient approché Björn Wahlroos, alors Directeur général et administrateur du Groupe. L’intéressé avait dit oui, tout en restant dans les limites fixées par le conseil des donations.

 Il se trouve que Walhlroos, un multimillionnaire connu pour ses tenues fringantes, est un conseiller financier du Parti populaire suédois. Réputé, habituellement, pour son image haute en couleur devant l’opinion, il a choisi, cette fois, de ne pas se tenir à la disposition des médias. Par la suite, il est même apparu que le Groupe Sampo avait fait don de 50.000 euros supplémentaires au Parti du rassemblement.

Les concurrents crient au scandale

L’Etat détient quatorze pour cent des actifs de Sampo, ce qui explique les concurrents n’ont pas manqué de crier au scandale. D’autres entreprises détenues, en partie, par l’Etat ont également indiqué qu’elles avaient fait des dons, moins élevés, destinés à alimenter les caisses de plusieurs partis. De son côté, la société de radiotélévision finlandaise YLE a mis à jour une affaire du même type, en révélant que Stora Enso, une entreprise forestière en partie détenue par l’Etat, avait fait un don, en 2006, de 35.000 euros à des partis politiques au Brésil.

Quelques jours plus tard, le Parti du rassemblement a payé le prix et ouvert ses comptes, expliquant que la fureur avait suscité « des doutes, des insinuations, et même évoqué une éventuelle corruption. » Les deux derniers à suivre ont été les sociaux-démocrates et l’Alliance des Gauches ; ces deux formations ont reçu de l’argent des syndicats. Les sociaux-démocrates ont affirmé avoir révélé leur piste de financement dans le but de corriger toute « fausse information. »

Les experts sont d’accord pour dire que le débat sur le financement des partis et la pression exercée, qui ont pratiquement forcé l’élite politique à révéler les sources du financement politique, ont constitué un événement majeur en Finlande, pavant la voie d’une plus grande transparence dans l’ensemble du processus politique.

par Kyösti Karvonen, août 2009

LIENS

Corruption Perceptions Index par Transparency International
Groupe d'états contre la Corruption (GRECO)

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Mise à jour 03/09/2009


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