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Nokia a arrêté sa nouvelle stratégie : l’internet en poche pour tout le monde - Représentation Permanente de la Finlande auprès du Conseil de l'Europe, Strasbourg : Actualités : Actualités

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Actualités, 14/03/2011 | Ambassade de Finlande, Paris

Nokia a arrêté sa nouvelle stratégie : l’internet en poche pour tout le monde

par Eljas Repo, février 2011

Nouvellement nommé à la tête de Nokia, Stephen Elop s’est retroussé les manches : cinq mois à peine après être entré en fonctions comme président-directeur général du groupe, il a déclaré que Nokia lançait une nouvelle stratégie.

L’annonce qui a été faite portait non pas sur une retouche mineure, mais sur une refonte radicale de la stratégie, si bien que les magazines économiques du monde entier se sont emparés de l’événement pour en faire leur une ; dans la foulée, le cours de l’action Nokia a baissé de 20%.

Que s’est-il passé ?

Nokia a déclaré s’engager dans un partenariat avec Microsoft. Aux termes du projet rendu public, Nokia a décidé d’utiliser désormais le système d’exploitation Microsoft Windows Phone, déclarant par ailleurs renoncer à l’utilisation du système d’exploitation Symbian qu’il avait mis au point. Longtemps leader sur le marché des téléphones portables classiques, Nokia a toutefois perdu sa première place sur le créneau des smartphones : aussi était-il indispensable de faire quelque chose afin de stopper le mouvement de réduction des parts de marché qui était enclenché.

« Nokia se trouve à la croisée des chemins, à une étape où un changement significatif s’avère indispensable et inéluctable si l’on veut que l’histoire se poursuive », explique dans son communiqué Stpehen Elop, le PDG de Nokia.

Incertitudes significatives

Nokia WindowsQuelques illustrations conceptuelles : voici ce à quoi pourraient ressembler les nouveaux téléphones Nokia Windows

Il est possible que les investisseurs aient été inquiétés en particulier par une des phrases de la déclaration de stratégie :

« En raison du changement stratégique initié par Nokia le 11 février 2011, des incertitudes significatives pèsent sur les perspectives de l’année en cours pour la division Devices & Services du groupe ; de ce fait, Nokia estime qu’il serait injustifié de publier ses objectifs pour 2011. »

Ce sont les deux mots « incertitudes significatives » qui ont défavorablement impressionné les marchés ; les fondamentaux mêmes de la finance nous apprennent qu’il suffit d’un soupçon d’incertitude sur l’avenir pour que les cours en bourse d’une société partent aussitôt à la baisse. Aussi plusieurs agences de notation ont-elles fait savoir peu après la déclaration publique de stratégie de Nokia qu’elles révisaient à la baisse la note et le prix indicatif du groupe finlandais.

Même si Nokia vient d’être quelque peu secoué, il n’en reste pas moins que son résultat est bénéficiaire et que le groupe dispose d’une trésorerie importante : en effet, Nokia a dégagé l’an dernier un bénéfice net de 1,8 milliard d’euros sur un chiffre d’affaires de 42 milliards d’euros. Selon les prévisions des analystes, l’exercice en cours devrait se poursuivre à peu près au même rythme ; cependant, le groupe peut s’attendre à connaître la croissance dans les prochaines années, si le partenariat avec Microsoft réussit.

 Des flux financiers qui circuleront dans les deux sens

Chaque jour, 1,3 milliard de gens utilisent des matériels Nokia dans le monde. L’objectif qu’affiche à présent le groupe est de mettre l’internet dans la poche de chacun, et tout particulièrement d’apporter l’accès à l’internet aux consommateurs des pays développés : il s’agit de relever un énorme défi, d’autant que ce marché est déjà la cible d’Apple et de son iPhone ainsi que du téléphone Android de Google, ces deux sociétés faisant preuve de beaucoup d’agressivité commerciale pour étendre leur présence.

Nokia compte parmi ses atouts le fait de disposer du plus vaste réseau d’utilisateurs ; en outre, le groupe est extrêmement bien implanté en Inde, en Chine et en Afrique. Quant à Microsoft, celui-ci ne s’est pas fait sa place au sein de l’univers de la téléphonie portable, même si la multinationale américaine est le numéro un mondial des éditeurs de logiciels. Certains commentateurs ont présenté le partenariat entre Nokia et Microsoft comme une alliance de dinosaures, où il existe un risque de choc entre les deux géants. Il n’en reste pas moins que les possibilités sont énormes, et que nous n’en sommes actuellement qu’au début d’une concurrence dont l’enjeu est que l’internet se retrouve dans la poche de chacun.

Aux termes de la nouvelle stratégie, Nokia prévoit de poursuivre la commercialisation de ses anciens modèles de téléphones portables, tout en se proposant de faire passer les téléphones portables Windows dans une nouvelle fourchette de prix, ceci s’accompagnant de la conquête de nouveaux segments du marché et de secteurs géographiques sur lesquels Nokia s’était jusque là peu investi. Par ailleurs, Nokia a l’intention d’harmoniser un certain nombre de ses services afin de les intégrer aux services Windows : ce sera le cas notamment des services GPS et de ses services d’offre commerciale de logiciels. Il faut noter en effet que le groupe finlandais sera en mesure d’apporter à Windows ses outils de cartographie numérique disponibles à travers le service cartographique Navteq (http:// www.navteq.com) qu’il a acquis et développé. C’est dire que des flux financiers circuleront dans les deux sens, même si les observateurs extérieurs ne savent pas préciser à ce stade l’ampleur et les modalités de ces échanges à venir.

Des licenciements en Finlande

Nokia emploie 21.000 salariés en Finlande ; d’après des estimations, 6.000 d’entre eux sont affectés à la conception de logiciels ou du système d’exploitation Symbian. D’après la déclaration d’Elop, il faut s’attendre à d’importantes compressions de personnel, point que Nokia a tenu à porter en priorité à la connaissance du gouvernement finlandais. Dans un contexte où les élections législatives finlandaises approchent, le ministre de l’Economie Mauri Pekkarinen n’a pas tardé à publier une déclaration pour observer que le gouvernement était en effet informé des nouvelles orientations de Nokia, et qu’il entendait contribuer à ce que chaque salarié licencié puisse retrouver un emploi. On se souvient à cet égard que Nokia avait fermé voici quelques années son site de Jyväskylä correspondant justement à la circonscription électorale du même ministre ; à l’époque, quasiment tous les personnels licenciés avaient retrouvé du travail, ce que M. Pekkarinen n’a jamais cessé de rappeler depuis comme pour s’en attribuer sa part de mérite.

Salariés de NokiaOn estime généralement que des menaces pèsent sur les grosses unités de production d’Oulu, de Salo et de Tampere

Du point de vue des salariés ainsi que des médias, la déclaration de Nokia s’est avérée problématique du fait de l’absence d’indications précises quant au nombre de licenciements et aux sites qui pourraient être fermés, ceci donnant lieu à de nombreuses spéculations publiques. On estime généralement que des menaces pèsent sur les grosses unités de production d’Oulu, de Salo et de Tampere, où le système Symbian est en cours de développement.

Le pari fait sur le système Symbian a été une erreur

Nokia a commis une erreur : c’est ce que considèrent unanimement aussi bien les analystes, les journalistes spécialisés en informatique que les consommateurs. L’erreur du groupe est d’avoir trop longtemps misé sur le système d’exploitation Symbian : ce système pour smartphones s’est révélé un échec commercial dans le créneau qui était visé, au moins si on le compare à ses concurrents l’iPhone d’Apple et le téléphone Android de Google. D’autre part, Nokia n’est pas parvenu à sortir ses téléphones Symbian à temps sur le marché, le lancement des nouveaux modèles ayant constamment été reporté.

Le président du conseil d’administration de Nokia Jorma Ollila et le PDG Stephen Elop ne parlent quant à eux pas d’erreur, mais d’évolution du secteur : pour eux, il n’y a pas lieu d’accuser outre mesure le système Symbian, puisque le groupe prévoit de vendre dans les années qui viennent encore 150.000 téléphones Nokia Symbian.

« Aucun autre secteur industriel n’a connu de mutations aussi rapides et radicales que le créneau spécifique sur lequel s’est positionné Nokia après que l’iPhone d’Apple a été introduit sur le marché », a déclaré Elop le 18 février 2011 à Helsinki face à l’association des journalistes économiques finlandais.

Made in Finland

Les premiers futurs modèles de téléphones portables Nokia seront conçus et fabriqués en Finlande, a indiqué Elop. Il a également répondu à la question de savoir si les matériels issus de la coopération entre les deux groupes se présenteront sous la marque Nokia ou Microsoft : « Ce seront des téléphones Nokia. Vous verrez partout dans le monde de beaux appareils Nokia conçus et fabriqués en Finlande », s’est efforcé de plaider le dirigeant d’entreprise afin de regagner la confiance de ses interlocuteurs finlandais.

Kalle Isokallio, ancien PDG de Nokia qui quitta le groupe en 1992 et qui s’est signalé depuis par ses analyses et ses éditoriaux critiques dans la presse, s’est récemment étonné d’être le seul commentateur à estimer que l’alliance entre Nokia et Windows était une sage initiative : en effet, les analystes comme la presse ont fait part de leurs doutes, jugeant que le rapprochement des deux groupes allait profiter essentiellement à Microsoft.

Isokallio fait l’éloge de cette alliance, avançant que le pire pour Nokia aurait été que le groupe finlandais se limite à son rôle de fabricant de téléphones portables, et d’ajouter que la nouvelle stratégie adoptée peut faire de Nokia un fabricant polyvalent de terminaux de traitement de données, point déterminant quand on sait qu’aujourd’hui, il devient indispensable de réunir sur un seul et même appareil des fonctionnalités aussi diverses que l’accessoire de travail, la plateforme de jeux, l’accès à l’internet et la téléphonie mobile : ceci implique que toutes ces applications soient compatibles entre elles, jusqu’à pouvoir donner un appareil qu’il restera à l’utilisateur à glisser dans sa poche.

Qui est Elop ?

Stephen Elop, 47 ans, a pris ses fonctions de président-directeur général de Nokia en septembre dernier. De naissance canadienne, Elop a à son actif une carrière impressionnante dans le secteur des technologies de l’information ; son dernier poste en date l’avait conduit chez Microsoft, où il dirigeait la division Entreprises, tandis qu’il avait précédemment travaillé notamment pour Juniper Networks, Adobe Systems et Macromedia.

Père de cinq enfants, Elop a pour hobby un des sports préférés des Finlandais : le hockey sur glace. Il possède par ailleurs un avion privé Cessna, mais a dû laisser momentanément son appareil aux Etats-Unis, où sont encore basés son épouse et ses enfants.

 

 

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Mise à jour 03/03/2011


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